Récit d’une journée pluvieuse ou Le Parapluie – Émylie Duchesne

Vivre le retour à la vie étudiante à Montréal. Le retour à l’automne, à la pluie. Le retour aux journées pluvieuses, au je-t’offre-pas-de-partager-mon-parapluie-achète-toi-s’en-un-moi-j’en-ai-un-je-suis-à-l’université-privée-et-je-suis-responsable-sois-le-toi-aussi-han. Quand tu viens du Lac, où quand tu marches, une fois sur trois y’a quelqu’un que tu connais qui t’embarques pour te ramener chez vous, pluie pas pluie, la transition se fait plutôt brutale.

Néanmoins, ma deuxième semaine d’université s’est plutôt bien déroulée. Mes cours sont intéressants, même passionnants, je me débrouille bien pour tout, je suis rendue là dans ma vie, tout va bien. Puis arrive ce jeudi matin. Je le constate de plus en plus, je ne suis pas matinale. Mon cerveau commence à fonctionner normalement à partir de 12h-13h, en général. Je vous dresse le tableau : Il fait sombre dehors, il pleut, j’ai des cernes jusqu’à l’infini et plus loin encore(je t’aime buzz), mon moral n’est pas à son meilleur. Dans cette optique bougon, je me prépare tout de même pour aller à l’université. En descendant les marches, j’entends ma belle-mère me crier(Je reste à côté de chez mon père, pour ceux qui ne savent pas):

«Emilie, veux-tu un parapluie?»

Petite seconde de réflexion. Je pense à l’autre fois, quand il mouillait à sciau et que les cinq minutes entre le métro et mon pavillon universitaire n’ont pas laissé un souvenir agréable à mes cheveux. Je me dis que c’est une bonne idée, un parapluie, que ça commence une journée du bon pied, d’être au sec.

«Ben oui!»

Et je cours chez papa, belle-maman, sans retenir un «FRANCHEMENT» en me voyant si peu habillée en cette journée frette et mouillée, me donne le parapluie et je pars en vitesse vers l’arrêt d’autobus. Cette belle-mère, si je l’avais pas, y’a bien des fois où j’aurais l’air folle(et les fesses mouillées).

Or, en courant vers l’arrêt, mes livres dans les mains, épars, je comprends que je ne pourrai pas continuer comme ça. Je prends un pause près d’un édifice, je dépose mes choses dans les escaliers de ce même bâtiment, pour mieux les entasser dans ma bourse, car je n’ai pas encore réparé mon sac d’école. Brouillon, moi? Non, non…

Je me rends au coin St-Joseph-Papineau, le bus arrive, bon, tout le reste qui vient avec. Arrivée à la sation de métro, je fouille dans ma bourse trop, trop, trop pleine. «Hein, yé où mon cellulaire? Je l’ai pris à matin pourtant!» Pense-je, de mon langage littéraire. Fuck ça, le métro arrive, vite, je me précipite, je vérifierai plus tard. Le métro quitte Fabre, le métro arrive à Jean-Talon, trop de monde à Jean-Talon, le métro est plein, pognée entre un monsieur chinois et un jeune homme qui collent ses fesses contre moi comme si j’étais un mur et à qui j’ai envie de crier bien fort : «Je suis une personne!»

Ellipse.

Je suis à l’université, dans ma classe où je peux enfin vider ma bourse, me rendre compte que mon cellulaire est là, rire parce que je crois toujours l’avoir perdu, c’est niaiseux là, faudrait que j’arrête de paranoïer tsé…

Pas là. Grosse torche de cellulaire qui a disparu. Souvenir de moi s’arrêtant devant une bâtisse, déposant un tas de trucs, des livres, un parapluie, mon cellulaire. MON CELLULAIRE. Le pire, c’est que j’ai failli l’oublier à la maison, ce matin, mais je me suis souvenue que j’en avais besoin pour téléphoner à JM(beau) pour le rejoindre sur l’heure du diner.

Bon, pas de panique, je descends en bas chercher un téléphone public d’où je pourrai dire à JM(gentil) d’aller voir si mon cellulaire est encore sur les marches du bâtiment, pas de panique, non pas de panique.

Pas de téléphone public non plus. Repogne les marches, emprunte le téléphone d’une collègue de classe, tente d’appeler JM(mignon), cellulaire fermé. Fuck, fuck, fuck. Bon, remonte en haut, assiste à mon cours, en me convainquant que ce n’est pas la fin du monde, me croyant, café à la pause, cours intéressant, ça va bien quand même.

11h30, descends les marches du pavillon Jean-Brillant pour me rendre au métro, encore une fois. Oublié le parapluie en haut. J’avoue que là, j’ai laissé échappé un «câliss», au yâbe ceux qui m’entendront. Remonte les marches, essoufflée(je sais, je suis en forme), redescends, part au métro, ainsi de suite.

Dans le métro, je me suis assise(chose surprenante pour l’heure du midi), j’ai respiré, les yeux clos. Je crois que je n’ai songé à rien, rien de tout ça, pendant une bonne minute. Puis j’ai ouvert mes paupières, c’est reparti. J’étais fatiguée, tellement fatiguée. J’aurais eu besoin qu’on s’occupe de moi, qu’on me prenne en charge, ne serait-ce que cinq minuscules minutes. Qu’on soit gentil avec moi, à tout le moins. Mon royaume pour un sourire…

Bon, ok, c’est pas la fin du monde. Sors, attends le bus, première dans la file, vive les parapluies.  En sortant, j’ai eu un mince espoir de retrouver ce foutu appareil-là, dans les escaliers du bâtiment, mais non, ce n’était pas le cas. Je me suis appelée, pas de réponse d’un bon samaritain, juste ma maudite voix fatigante sur le répondeur. Tant pis. À plus tard la chance, j’suis partie prendre un break.

Une avant-midi de shnoutte, ça arrive. C’est pas grave, c’est la faute de personne, même pas du parapluie. Y’a des tonnes de journées qui vous font oublier celles où ça s’est moins bien passé. Toutes ces petites aventures-là, elles font partie de ce magnifique processus qu’est l’adaptation. Celle-ci se montre ardue, mais au moins, elle suit son cours. Je me sens un peu mieux, quand je pense à ça. Je ne sais pas si je possède la capacité de bien prendre beaucoup d’autres journées comme ça. Sinon, la dépression nerveuse m’apparait comme un joli paradis perdu.

Blague à part, je vous aime.

Emylie, survivante.

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  1. en vrai mourialaise que je suis j aime voir la creativite des nouveaux mourialais qui poussent
    mravo a mourial M comme magie mamie main matin manie minou matou milou etpatatou etpatati..
    vivre ou mourir a montreal voila la question
    je connais et j aime cette ville sous tous ses angles
    la belle-mamie d a cote

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