Milie phone home – Emylie Duchesne

Je me suis jamais véritablement sentie chez moi quelque part. À cause d’un paquet de facteurs qui entre en compte(on m’a trimbalé un peu partout dans le Québec quand j’étais trop petite pour protester, j’ai toujours été en appartement, je n’ai jamais vécu ailleurs que chez ma Maman jusqu’à tout récemment, etc, etc, etc), je n’ai jamais réussie à développer ce qu’on appelle une «appartenance». Même quand je revenais de chez mon père étant jeune, vivant à l’extérieur du Lac, en apercevant le bout du nez de la région lorsqu’on sort du parc, je ne ressentais pratiquement rien, sauf peut-être mon estomac qui commençait à réclamer autre chose qu’un milkshake chez Mcdo(j’aimais pas les hamburgers).

Sauf que là, j’ai 19 ans, je suis déménagée il y a quatre mois à Montréal, comme vous le savez déjà trop. Je suis pas venue pendant trois mois au Lac-St-Jean, chose qui n’est jamais arrivée depuis mes six ans. Avec fébrilité, je visualisais cette venue comme une libération, un soulagement d’être enfin à la maison.  J’avais franchement besoin de respirer, je le savais. Sentir l’odeur de la semi-campagne de ma mère, voir des étendus de vert, me promener dans la ville qui porte en elle tant de mes souvenirs.

Je n’ai pas été déçue, rassurez-vous. J’ai été comblée de voir ma famille, j’ai ri avec mes amis qui m’avaient beaucoup plus manqué que je ne l’aurais cru. Toute cette gamme d’émotions diverses à laquelle je m’attendais s’est révélée à moi comme je l’avais imaginé. À un détail près, en fait : chez moi, ce n’est définitivement pas ici.

Je me suis demandée, troublée par ce constat, si je considérais Montréal comme ma maison, à présent. Non, pas exactement. Montréal, c’est un prétexte. Montréal, c’est le chez soi de trop de gens pour que je puisse prétendre faire partie de ce groupe. Non, la maison, pour moi, c’est pas ça.

Alors, qu’est-ce que c’est?

Un sentiment, bien précis en moi, mais assez flou, en réalité. C’est un endroit parfois, d’autres fois, c’est avec une ou des personnes. C’est la sensation de n’avoir rien à cacher, rien à prouver. C’est d’avoir l’impression constante d’être en pyjama(en bobettes, pour ma part) tellement on est bien. C’est les chats, la bouffe, la vaisselle pas faite, le plancher qui craque. C’est mon estomac sans angoisse, c’est ma tête à off. Ma maison, c’est la paix dans le chaos.

Chez moi, c’est comme une toune un peu quétaine mais qu’on aime quand même, pis je commence à m’y faire.

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